Une avicourse qui fait le printemps: quatrième semaine

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claudemu
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Une avicourse qui fait le printemps: quatrième semaine

Message par claudemu »

Une fournaise au-dessus de l’horizon infini, un air lancinant à l’harmonica (d’ailleurs, où il est le foutu joueur d’harmonica ?). Pas six-coups rageux qu’il ne le faut, c’est en tant que reporter pour le «COO Herald» de Gate Small Water (Ga-ti-n’eau) que j’étais sur les traces de desesperados, dans leur ruée vers l’ouest du continent, avides de richesses, en espèces sonnantes et trébuchantes. Si ces aventuriers eussent été des cowboys, ils auraient fait honte à la profession car ils aimaient que les troupeaux de bêtes ailées se «télescopent». Pour les retrouver dans ce territoire sauvage, immense et souvent hostile, on m’avait dit; «va dans l’ouest jeune homme» (Go west young man) et ne prend pas le Pony express. Pour l’instant, Pistolero, le vieux guide de grande renommée, me souriait de toutes ses dents vertes en mâchouillant son cigarillos. Il croquait dans des petits piments forts et son haleine faisait défaillir les chevaux et s’affaisser les cactus. Même les lézards aux yeux injecteurs de sang se terraient à notre passage. Ce que je raconte là, ce ne sont pas des sornettes (mais peut-être des serpents à sonnettes). Déjà, les Navajos signalaient le danger toxique en envoyant du haut du canyon des signaux de fumée en forme de tête de mort. Question d’avertir même ses ennemis en toute franchise, comme le dit si bien Cochise. La nuit venue, les ronflements tonitruants de Pistolero, selon ses dires, avaient pour but efficace d’effaroucher les Apaches. Prochaine étape, qu’allions-nous trouver à l’ombre de Tombstone ?
Les truands, chevauchant à bride abattue, avaient beaucoup d’avance sur nous et je me disais qu’au train où vont les choses il me faudrait être très loco-motivé pour les rejoindre. Entre les voies ferrées piégées de Sante Fe et les danseuses de French cancan (bernaches) des saloons (plongeons) de San Francisco, comment ne pas revenir les mains vides comme Billy the kid lors de l’attaque du train postal de 2h22 ? En course, les fuyards avi-sés s’étaient de plus dispersés et ma tâche pourrait s’étaler sur des années. Je décidai de commencer par Cybele «Just watching out» More To Come (More-in) qui, selon la rumeur, était devenue rancher près de la frontière. Sur le portail de son ranch, on pouvait lire : «Étranger, les oiseaux je les aime, c’est mon totem». Honnête, elle n’avait rien de Calamity Jane (ses bêtes, elle ne les avait pas volées) ou de Jesse James. Un peu de respect, sioux plait ! Elle me tuyauta pour retrouver le chasseur de primes coches John «Twenty cent Reward» (Vincent), qui recevait vingt cents par tête emplumée rapportée. Il avait vu d’immenses troupeaux de dindons, des crécerelles en duel (et en rut) et des bruants à gorge blanche (à l’aide des Comanches). De quoi inspirer une fiction qui serait narrée plus tard, je crois que ça sonne comme «Le dindon, les brutes et le bruant» (n.d.l.r. «Le bon, la brute et le truand»).
John me pistonna pour retrouver Dan «eau pétillante» (Perrier), dit Dan «Sparkling lens» Danger. Lui pouvait se vanter d’avoir capturé une belle tête bleue mise à prix, celle de ce viréo, sur les pistes poussiéreuses entre El Paso et San Diego. Pistolero et moi, revigorés par nos succès, galopèrent vers le repaire d’Ed «Gentlemen notcher» Prud’homme. Il nous raconta son épopée incroyable qui l’amena à Dodge City pour le Grèbe jougris. Il nous relata son aventure dans les Eastwoods (près de Clint), pour débusquer l’épervier (brun). Puis, parmi des milliers de bisons, il parvint à cartonner le Grèbe esclavon. Sans trêve, il fit route vers Skyline où des cliquetis de style piano mécanique lui révélèrent la présence de l’Hirondelle rustique. Finalement, nos libres femmes et hommes de l’ouest n’étaient pas si infréquentables ! Il en fut ainsi avec le dernier de la liste, le joyeux Mark E. Merry, dit l’homme au revolver «Ebony and Ivory», sur lequel on peut voir les nombreuses encoches qu’il grave à chaque fois qu’il rapporte une prise de la plus rare espèce. Son dernier exploit concerne un discret et violet gringo, un bécasseau, qui se cachait le long des eaux du fleuve Colorado, avec ses bluejeans déchirés. Il se camouflait aussi bien que le font les fantômes des migrants désenchantés de la ville hantée de Trespass City.
Je dis au revoir à Pistolero et entrepris de compiler les stats, un peu comme les corps empilés des victimes de Earl Wryap, shérif émérite de son état. L’homme le plus riche de la ville sera le croque-mort. À la sortie de la ville au soleil couchant, d’où on peut parfois sortir les pieds devant, un urubu perché sur un cactus prend la pose courbée de l’attente.
L’année suivante, le COO Herald publia les résultats de mon reportage, en date du 2 mai : Cybele 22, Jean-Serge 65, Daniel 70, Edgar 75 et Jean-Marc 80. Sans foi ni loi, ils continuent de sillonner les routes de l’ouest à la recherche de richesse en espèces !

Clyde, Hull City
Claude Martineau, coordonnateur de la course.

jeanmarcey
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Re: Une avicourse qui fait le printemps: quatrième semaine

Message par jeanmarcey »

Merci pour ce roman feuilleton, un peu coloradien, qui présente l'ornitho sous un éclairage hollywoodien.
Jean-Marc Emery
Gatineau, future Ville amie des oiseaux viewtopic.php?f=10&t=359

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