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Le Petit-Duc maculé sous enquête…
appel à témoins

Articles de Rodolf Balej
Article de Ngaio L. Richards


Photo : Robert Bannon

Rodolph Balej, Service des aires protégées
Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs

S 'il est un oiseau mystérieux, c'est bien le Petit-duc maculé. De fait, peu d'ornithologues amateurs ont eu la chance de contempler ce curieux petit hibou en pleine nature. Le Petit-duc maculé est pourtant considéré comme un résident commun du Québec méridional. Les observations se concentrent dans les vallées du Saint-Laurent et de l'Outaouais, ainsi qu'en Estrie1 . L'espèce y affectionne les forêts mixtes, les boisés agricoles, les vergers, les parcs et les arbres d'ornement des villages et des banlieues.

Alors, « pourquoi ne l'observe-t-on pas plus souvent? » me direz-vous?

Les raisons sont fort simples! D'abord, parce que l'oiseau arbore une livrée de camouflage et ressemble à s'y méprendre à une branche d'arbre. Ces caractéristiques lui permettent d'échapper aisément au regard inquisiteur des miroiseurs indiscrets lorsque, par un beau jour d'hiver, il lui arrive de s'exposer au grand air pour prendre un « bain de soleil »! Ensuite, parce que l'espèce est strictement nocturne durant la période de nidification et d'élevage des jeunes. On peut certes entendre, de nuit, les vocalises du Petit-duc maculé à partir du mois de février mais, en raison de ses talents de ventriloque, il est bien difficile à repérer et, qui plus est, à voir dans la pénombre! Enfin, il semblerait que l'espèce ait disparu dans certaines parties de son aire de répartition2 . La diminution de la population pourrait être liée à la destruction ou l'altération des habitats propices à cet oiseau cavernicole, lequel recherche des arbres avec des cavités naturelles ou des loges de pic pour y nidifier… Aussi, à l'exception de certains parcs urbains prisés des ornithologues – parmi lesquels le Mont-Royal à Montréal, et les parcs du lac Beauchamp et du lac Leamy à Gatineau – l'espèce est rarement observée, quand sa présence n'est pas tout simplement ignorée!

Toutefois, une question demeure : la diminution des observations reflète-t-elle un déclin de la population de Petit-duc maculé ou l'absence d'inventaires rigoureux ?

Pour tenter d'y répondre, une étudiante au doctorat de la Anglia Ruskin University, à Cambridge, Mme Ngaio Richards3 a décidé d'ouvrir une vaste enquête. L'objectif visé est double : préciser la répartition du Petit-duc maculé au Québec et caractériser plus finement les habitats fréquentés. Vous pouvez, si vous le souhaitez, contribuer à cette recherche en transmettant vos observations de Petit-duc maculé à votre Club par l'entremise du système ÉPOQ-Outaouais (feuillets d'observations). Le COO verra à communiquer par la suite les observations aux autorités compétentes.

Le Service des aires protégées du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs a pour sa part décidé de soutenir cette recherche en réalisant un inventaire exhaustif des réserves écologiques susceptibles d'abriter l'espèce4. Le projet consistera à noter la présence du Petit-duc maculé par l'utilisation de la technique du « play-back », c'est-à-dire la diffusion d'un enregistrement du chant de l'espèce au moyen d'un magnétophone. Pour ce faire, des discussions ont été entreprises entre les autorités du Service et le CA du COO. Le recensement pourrait débuter cet hiver et s'étendre sur une période de trois ans. Pour ne pas nuire à l'espèce, il sera réalisé en dehors de la saison de nidification de l'espèce, soit de la mi-novembre à la mi-février. Le Service des aires protégées est donc à la recherche de collaborateurs bénévoles… si cela vous intéresse, veuillez contacter le COO (par téléphone (819) 778-0737 ou par courriel à info@coo.qc.ca ) pour que le Club puisse dresser une liste des intéressés. Si le projet devait aller de l'avant tel que prévu, vous serez informés des conditions à respecter pour participer à cet inventaire. Toutes et tous sont les bienvenus!
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1
Cf. Mariane G. Ainley, Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, 1995, pages 586 à 589.

2 Cf. Mariane G. Ainley, ouvrage cité.

3 Ngaio Richards est titulaire d'une maîtrise de biologie obtenue en 2003à l'Université McGill. Sa recherche visait à évaluer l'impact de l'utilisation de pesticides sur le Petit-duc maculé dans les vergers et les terres agricoles de la région de Saint-Hilaire et de Rougemont.

4 Une réserve écologique est un milieu naturel protégé en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel . Afin de garantir l'intégrité écologique de cette aire protégée, l'accès est limité aux activités de gestion, de recherche ou d'éducation et est assujetti à une autorisation du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Le projet de recherche de Ngaio Richards bénéficie d'une telle autorisation.


Article : A Risk Assessment Approach to DDE Exposure Based on the Case of the Eastern Screech-Owl ( Megascops asio ) in Apple Orchards of Southern Quebec, Canada, par Ngaio L. Richards, Pierre Mineau, David M. Bird, Pierre Wery, Jacques Larivée et Jason Duffe

Voici une traduction du résumé de cet article :

Lors d'une étude, traitant sur la possibilité de l'exposition aux pesticides d'une population de Petit-duc maculé dans la région pomicole de Saint-Hilaire et de Rougemont, nous avons récoltés des données de base au sujet de l'écologie de l'espèce. Les hiboux de cette région ont fréquentés 41 d'un total de 89 nichoirs installés en proximité de 12 vergers et de 2 lieux « contrôles ». La hauteur moyenne de ces nichoirs occupées fut 3,83 m (2 – 5,80 m). L'écureuil et le tamia, le pic flamboyant et la guêpe représentent les espèces compétitrices primaires pour les nichoirs. Quatre vingt deux (82) pelotes de régurgitation de Petit-duc ont été trouvés dans les nichoirs en bon état, c'est-à-dire, tout entier. Ces derniers avaient une longueur et largeur moyenne de 3,57 et de 1,44 cm, et pesaient une moyenne de 1,77 g. Nous avons constaté que le Petit-duc de la région consomme tout une gamme de micromammifères, d'oiseaux, d'insectes et de proie aquatiques. Cependant, le campagnol des champs fut la proie mammifère la plus fréquemment décelée dans les pelotes, et les plumes de la tourterelle triste furent celle les plus fréquemment retrouvée dans les nichoirs. Au Canada, le statut de la population du Petit-duc maculé demeure peu connue, cependant l'espèce est considérée « non en péril », selon une évaluation du COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada), effectuée en 1986. Afin d'explorer un peu cette problématique, nous avons reproduit sur carte la répartition de l'espèce dans la province, en consultant quelques base de données ornithologiques et des dossiers de centres de réhabilitation aviaire. Finalement, l'article discute des risques potentiels pour l'espèce dans la province et quelques études sont proposées.