CLUB DES ORNITHOLOGUES
DE L'OUTAOUAIS
Les oiseaux et leurs habitats à coeur depuis 1978.     (Photos: A. Cloutier, F. Morand)
Club des ornithologues de l'Outaouais
Petit-duc maculé, fiche synthèse
Cliquez ici pour aller vers l'historique
Cliquez ici pour voir différents articles

Fiche signalétique
sur le Petit-duc maculé

[1]<

Otus asio

Eastern Screech-Owl

[1] Tiré de Ainley, Marianne G. 1995. Petit-duc maculé, p. 586-589 dans Gauthier, J. et Y. Aubry (sous la direction de), Les Oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Regroupement QuébecOiseaux, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune. Environnement Canada. région du Canada, Montréal, xvii + 1295 p.

Fiche signalétique

Nombre d’œufs Gén 4-5 (2-8)
Fréquence de la ponte œuf par 2-3 j
Début de l’incubation Dès le 2e, 3e ou 4e œuf
Durée de l’incubation Gén 26 j (21-32)
Séjour des jeunes au nid 28-35 j
Dépendance des jeunes 5-8 sem. Ap la sortie du nid
Nombre de couvées par année 1, prob. 2
Âge à la reproduction 1 an, parfois 2
Type d’accouplement Monogamie
Durée du couple À vie
Longueur totale M : 18-23 cm / F : 20-26 cm
Envergure M : 48-57 cm / F : 50-62 cm
Masse

M : 167 g (140-210) / F : 194 g (150-235)
Longévité record 13 ans 6 mois

Habitats et comportements

Au cours de la saison de reproduction, le Petit-duc se rencontre dans divers types de forêts ouvertes, y compris les milieux légèrement humides et ceux où l'espèce dominante est l'Érable rouge, ainsi que dans les bosquets, les vergers, les parcs et les arbres d'ornement des villages et des banlieues (Lynch et Smith, 1984; Godfrey, 1986). Il peut être difficile à repérer de jour, car il se perche souvent dans le creux d'un arbre, à l'abri des regards, ou encore il somnole près du tronc et ressemble alors à une branche. Toutefois, les mâles commencent à manifester leur présence à la mi-janvier, lorsqu'ils appellent les femelles d'un cri tremblotant dont la fréquence augmente en mars et en avril; on entend ce cri le plus souvent au milieu de l'après-midi ou en début de soirée. On peut également repérer le Petit-duc maculé en cherchant les déjections blanches (whitewash) qu'il laisse sur les feuilles et les branches des arbres ou les petites pelotes de régurgitation au pied des arbres ou encore, en portant attention à l'objet de l'agitation et des cris des sittelles, des mésanges et des merles, en autres. Dès le début d'avril, on peut entendre les couples s'appeler. Cependant, comme ils ont des dons de ventriloques, il est parfois difficile de les situer avec précision. Dans la région de Montréal, la disparition de l'oiseau des quelques sites de repos connus qu'il utilise au printemps peut indiquer qu'il est en période de nidification. À la mi-mai, il est parfois possible de voir les adultes monter la garde près de la cavité qui leur sert de nid.

Les adultes sont monogames. Une fois le couple formé, la femelle choisit l'emplacement du nid, habituellement une cavité naturelle dans un arbre ou un ancien trou de pic. Cependant, lorsque les cavités naturelles sont rares ou déjà occupées, elle peut s'installer dans un nichoir. La couvée compte habituellement 4 ou 5 oeufs. La femelle assume la plus grande partie sinon la totalité de l'incubation, qui dure de 21 à 32 jours. Le mâle s'occupe de trouver de la nourriture pendant les périodes d'incubation et d'élevage des jeunes (Sherman, 1911; Bent, 1938) .  Dès qu'un étranger s'approche du nid, le mâle somnolant devient immédiatement en alerte et se dresse vivement de toute sa taille, les aigrettes pointées vers le ciel et les yeux grands ouverts. S'il sent que les petits sont menacés, il est prompt à se lancer à la poursuite de l'intrus en fondant sur lui, qu'il s'agisse d'un chien, d'un écureuil ou d'un humain. Le territoire qu'il défend réellement est très petit et ne couvre que la cavité qui lui sert de nid et ses environs immédiats. On a trouvé des couples qui nichaient à environ 45 m à peine de leurs voisins (Johnsgard, 1988). D'après certaines mentions, un troisième adulte pourrait contribuer à l'élevage des jeunes. Au Connecticut, on a vu un mâle non accouplé, qui avait été réhabilité puis relâché à la suite d'un accident, aider un couple à trouver de la nourriture pour ses deux petits, et continuer même après l'envol des jeunes (Smith et Hiestand, 1990.

L'éclosion est asynchrone. Au crépuscule, de la fin mai au début de juillet, on peut voir les Petits-ducs maculés alignés par ordre croissant de taille, semblables à des tuyaux d'orgue blancs et duveteux. Ils se font remarquer par leurs cris lorsqu'ils réclament de la nourriture et par les mouvements giratoires de leur tête. Près du site de nidification et d'alimentation, les feuilles, les branches et le sol sont abondamment couverts de déjections blanches plutôt liquides. Ces oiseaux se nourrissent de rongeurs, d'oiseaux, de grenouilles, de salamandres, de reptiles, d'insectes de grande taille et même, à l'occasion, de poissons (Bent, 1938; Brown et al., 1986). Par ailleurs, ils sont vulnérables à la prédation par des rapaces plus gros, particulièrement le Grand-duc d'Amérique, la Chouette rayée, l'Épervier de Cooper et la Buse à queue rousse, ainsi que par des mammifères comme le Raton laveur (Todd, 1940; Voous, 1989). À la fin de l'été et au début de l'automne, les jeunes commencent à s'agiter et à s'éloigner du lieu de leur naissance, obéissant apparemment à des facteurs innés (Ritchison et al., 1992). Bien qu'ils quittent le nid à l'âge de 28 à 35 jours, la plupart ne s'aventurent pas très loin. Une étude effectuée au Kentucky sur des juvéniles portant des radio-émetteurs a démontré qu'ils s'éloignaient de 0,5 km à 16,9 km du nid entre 45 et 65 jours après l'envol (Belthoff et Ritchison, 1989).

Il a été difficile de recenser aux fins de l'Atlas cet oiseau qui niche dans les cavités, on en a trouvé que dans 1,5% (38/2464) des parcelles répertoriées. Étant donné que la coloration des adultes est propice au camouflage, même les ornithologues les plus expérimentés peuvent les manquer, car le jour, ces oiseaux se perchent au creux d'un arbre ou au soleil, sur une branche peu exposée. Lorsque les jeunes sont encore au nid, on ne les voit généralement pas. Cependant, le fait qu'ils restent à proximité du nid peu après l'envol aide à en repérer l'emplacement ; c'est d'ailleurs cet indice qui a servi le plus fréquemment à confirmer la nidification.

Répartition

La carte de l'Atlas illustre la répartition ponctuelle de cet oiseau, principalement autour de Montréal et en Estrie, le long de la vallée du Saint-Laurent et vers le nord, jusque dans la région de Shawinigan, quelques individus ayant été observés en bordure de l'Outaouais, Toutefois, on ignore si la carte reflète fidèlement la répartition de l'espèce au Québec. D'une part, le Petit-duc est un oiseau nocturne et la plupart des observations aux fins de l'Atlas ont été effectuées de jour, généralement trop tard dans la saison pour qu'on puisse relever des indices auditifs. D'autre part, les efforts déployés par des équipes entraînées durant de nombreuses nuits de mars 1986 ainsi que d'avril et de mai 1988 dans les régions situées au sud du Saint-Laurent, à l'ouest de la rivière Chaudière jusqu'au lac Saint-François, près de Montréal, ont donné très peu de résultats.

Au Québec, selon le fichier ÉPOQ, le Petit-duc maculé a été observé vers l'ouest jusqu'à la réserve faunique de Plaisance (1987) et jusqu'à Aylmer (1987), vers l'est jusqu'à Sainte-Anne-des-Monts (1957) sur la rive sud du Saint-Laurent, sur la rive nord jusqu'au cap Tourmente (1972), et vers le nord jusqu'à Saint-Fulgence (Saguenay) (1959) et Saint-Bruno (Lac Saint-Jean) (1976). En mai 1992, un individu a été pris au filet à l'île aux Lièvres près de Rivière-du-Loup (Aubry et Yank, 1992). Un Petit-duc maculé a également été observé, puis trouvé mort, près du lac Larose, à l'ouest du lac Mistassini, en 1979 (Anonyme, 1980b).

Historique et tendance

Les mentions antérieures relatives à la répartition de l'espèce au Québec au début du siècle se limitent à la vallée du Saint-Laurent et à la vallée de l'Outaouais ainsi qu'à l'Estrie (Terrill, 1911 ; Dionne, 1918 ; Mousley, 1918d, 1921c). Bien que certains auteurs classent cet oiseau parmi les résidents communs de diverses régions (Bull, 1985 ; Robbins, 1991), sa population semble avoir décliné dans certaines parties de son aire (Temple et Temple, 1976 ; Laughlin, 1985a ; Weir, 1987a) et Ouellet (1974) pense qu'au Québec l'espèce était plus abondante au XIXe siècle que de nos jours. En 1981, le Petit-duc maculé a été placé sur la Blue List par suite de la diminution des observations en Ontario et dans quatre États américains (Tate, 1981). On l'a retiré de cette liste l'année suivante, puisque les observations semblaient stables dans l'est, malgré le statut préoccupant de l'espèce dans certaines localités (Tate et Tate, 1982). Au Québec, son aire de répartition a peut-être diminué localement au cours des vingt dernières années, car, outre les mentions régulières provenant de la région de Québec et du cap Tourmente avant 1972, on a signalé très peu de nouvelles observations (ÉPOQ). (Cliquez ici pour voir la carte)

On pense que les perturbations de l'habitat représenteraient une menace important pour le Petit-duc maculé. Selon Penak (1985), Peck croyait que la destruction des vieux vergers, qui sont considérés comme les emplacements de nidification et de repos favoris de ces hiboux, et l'élimination des arbres morts des vergers encore exploités seraient des facteurs limitatifs pour cette espèce dans le sud de l'Ontario. Bien qu'il soit difficile d'affirmer que ce sont là les causes exactes de la diminution des observations au Québec (Larivée, 1989), la perte d'habitats propices à ce hibou pourrait être un des facteurs en cause. La pratique courante en horticulture fruitière, qui consiste à enlever systématiquement les vieux arbres ou les arbres morts criblés de trous de pics, fait disparaître les sites de nidification vitaux pour cet oiseau, puisqu'il est incapable de creuser lui-même une cavité. La diminution de la population dans certaines parties de son aire a aussi été liée à la vaporisation des pesticides (Temple et Temple, 1976) sur les arbres fruitiers et aux collisions avec les voitures (Keran, 1981).