CLUB DES ORNITHOLOGUES
DE L'OUTAOUAIS
Les oiseaux et leurs habitats à coeur depuis 1978.     (Photos: A. Cloutier, F. Morand)
Club des ornithologues de l'Outaouais
Excursions et récits

Voyage ornithologique au Venezuela (troisième partie)
par
Anne Artigau
Jean-Pierre Artigau
Sylvie Bouchard
Gilbert Dupuis

        En février et mars 2001, Anne Artigau, Gilbert Dupuis, Jean-Pierre Artigau et Sylvie Bouchard se sont offert rien de moins qu'un voyage ornithologique au Venezuela! Après avoir visité le parc Henri-Pittier et Palmichal, les quatre veinards continuent leur voyage. Ils avaient envisagé d'aller dans les Llanos, mais, manque de temps, ils devront se rabattre sur une autre destination, la réserve faunique de Cuare adjacente au parc national de Morrocoy. On y accède par les villes de Chichiriviche, Sanare et Tucacas qui en sont les portes d'entrées, toutes trois situées dans l'état de Falcón, en bordure de la mer des Caraïbes. Ils choisissent Chichiriviche sur la recommandation d'un guide rencontré à Rancho Grande (Tucacas n'a pas un nom très attirant pour les francophones qu'ils sont et Sanare n'est pas au bord de la mer, un obstacle majeur pour Sylvie et Anne).

Le parc de Morrocoy et la réserve de Cuare (secteur de Chichiriviche)
        La réserve faunique de Cuare est située dans le golfe du même nom, au nord de la petite chaîne de montagne de Chichiriviche qui la sépare du parc national de Morrocoy situé au sud. Ces montagnes cachent des grottes où on peut trouver des pétroglyphes vieux de plusieurs milliers d'années. Le groupe visite surtout la réserve. Elle est entourée de mangroves et contient des plaines inondables qui servent de lieu de nidification aux oiseaux. Ces plaines inondables sont arrosées en novembre et décembre. Elles deviennent très sèches le reste de l'année, supportant une végétation plutôt rabougrie. La partie du parc de Morrocoy visitée par le groupe s'étend au nord jusqu'à l'embouchure du golfe qui abrite la réserve, là où la mer des Caraïbes permet aux récifs coralliens de croître et de devenir des îles. Les chichirivichéens appellent ces îles cayos (en anglais on dit keys, comme en Floride). Alors que le golfe de Cuare, entouré par la réserve, fait 12 km de long par 3 km de large entre ses rives les plus éloignées, le parc de Morrocoy fait 32 090 ha. Il comprend 22 îles dans le secteur marin, tandis qu'une autre partie du parc s'étend dans les collines de Chichiriviche. La température moyenne y est de 26,5 °C. Il tombe 1 213 mm de pluie bon an mal an. Aux confins de ces trois types d'habitats (mer, plaines inondables et montagnes), la faune et la flore sont très variées. Les ressources marines comptent pour une part importante de l'économie locale de Chichiriviche, mais il nous semble que le tourisme est en train de dépasser la pêche. Ce sont surtout les îles entourées de plages qui font l'attrait du parc.

        Dès l'arrivée à Chichiriviche, Gilbert remarque un marais qui semble prometteur tout près de l'hôtel, qui se nomme justement La Garza (le héron). Le jour même, il y découvre déjà l'Aigrette neigeuse, la Grande Aigrette, l'inoubliable Ibis rouge dont l'aire de distribution est assez restreinte, le Caracara huppé et le Sporophile petit-louis.

        Le huit mars étant la journée de la femme, ces dames décident qu'on va faire une excursion en chaloupe dans la réserve et dans les îles voisines. Le groupe prend le temps de barboter au milieu d'une multitude de poissons multicolores, et de visiter deux grottes tout en cochant, en plus de la Tourterelle oreillarde, quelques espèces typiques du milieu côtier : Aigrette roussâtre, Aigrette tricolore, Aigrette bleue, Héron vert, Balbuzard pêcheur (dont la distribution est presque mondiale) et Grand Chevalier.

        Le lendemain, les jambes de Jean-Pierre étant parfaitement guéries, celui-ci décide d'aller marcher le long de la côte à partir de Chichiriviche. Il constate que la ville s'est récemment agrandie de ce côté-là : pendant des kilomètres, il longe des hôtels en construction ou tout neufs et agrémentés d'immenses pancartes annonçant qu'ils sont à vendre.

        À la sortie de la ville, il découvre une immense plage déserte où trois malheureuses touristes essaient de dégager leur camionnette ensablée avec l'aide d'un homme de l'endroit. Jean-Pierre croit bon de leur préciser que là où il vit, on fait souvent ce genre d'exercice dans la neige, et que dans ce cas la meilleure méthode est de mettre du sable sous les roues! Comme l'une des jeunes touristes lui rétorque qu'il n'est pas drôle (il aurait pu le deviner rien qu'à sa mine déconfite), il consent enfin à les aider un peu plus sérieusement et la camionnette finit par sortir de son trou.

        Anne et Sylvie ont mis la journée à profit pour aller à Tucacas en autobus, et elles reviennent avec... un pot de beurre d'arachide acheté à prix d'or, alors qu'on avait renoncé depuis longtemps à savourer ce mets raffiné.

        Gilbert décide d'explorer le marais près de l'hôtel. Un Héron vert immature perché sur un monticule de terre se laisse admirer. Dans les fossés et les canaux adjacents au marais, il note rapidement le Chevalier solitaire, le Chevalier grivelé, le Pluvier de Wilson avec son gros bec et le Bécasseau à poitrine cendrée. Mais ce qui attire le plus son attention, c'est le Vanneau téro et le Carouge à capuchon qui lui réservent la plus belle surprise de la journée. Le carouge, un mâle, se pavane avec son harem de femelles en train de se nourrir. Il y a bien aussi cette bécassine qui se déplace lentement dans un fossé au bord de la route. Bécassine de Magellan ou des marais? Comme on ne peut les distinguer sur le terrain et que les deux sont présentes dans la région, l'oiseau mystère ne pourra être identifié. L'avant-midi lui réserve encore une autre surprise ... neuf chiens, sortis d'une cour par un trou dans la clôture, semblent soudain fort déterminés à défendre leur territoire contre l'intrus. Notre ami doit se comporter comme un animal traqué, c'est-à-dire faire face aux attaquants qui arrivent de tous côtés. Il croit être enfin sauvé quand la propriétaire accourt en jaquette en vociférant, mais il ne comprend pas ce qu'elle baragouine et, même avec le recul, il se demande encore si les injures s'adressaient à lui ou aux canidés.

        Le 10 mars, Jean-Pierre décide de faire une longue marche sur la route, jusqu'au mirador situé à huit kilomètres où Anne et Gilbert iront le rejoindre en autobus. Malheureusement il a oublié de prendre de l'eau et Anne, toujours prévoyante d'habitude, a oublié d'en prendre elle aussi, et le demi-litre de Gilbert est insuffisant. Jean-Pierre attrape une légère insolation qui inquiète un peu tout le monde, d'autant plus qu'il n'avale presque rien au souper, lui qui a toujours un bon appétit! Gilbert a tout de même le temps de voir son «lifer», un Sicale bouton-d'or femelle.

        Le séjour s'achève et, le 11 mars, c'est le retour à l'hôtel Tanausu de Catia la Mar. En route, les quatre complices en profitent, bien entendu, pour déguster du beurre d'arachide. Gilbert prend quand même quelques minutes pour visiter les environs et, coup de chance, un dernier «lifer», le Tyran gris se montre enfin. Une journée sans coche pendant un voyage dédié à l'ornithologie, c'est inacceptable pour un «birder» qui se respecte. Le groupe prend l'avion pour le Canada le lendemain.

Liste exhaustive des observations - secteur Chichiriviche

        Le Venezuela est un magnifique pays aux paysages infiniment variés et où les gens sont très accueillants. Pour le voyageur, il est sans doute préférable d'éviter la région située à l'ouest des Andes : bassin du lac Maracaibo très industrialisé (puits de pétrole), et cordillère de Perijá qui forme la frontière avec la Colombie (trafic de drogue, incursions des guérilleros colombiens). Toutes les autres régions méritent amplement d'être visitées et l'ornithologue y trouvera largement de quoi satisfaire sa curiosité : cordillère des Andes s'élevant jusqu'aux neiges éternelles et où certaines vallées isolées ont leur lot d'espèces endémiques, région côtière de la mer des Caraïbes bordée de montagnes et de forêts humides, Llanos (immense plaine située à l'est des Andes et où la nature semble être restée intacte depuis la nuit des temps), delta de l'Orénoque, la Gran Sabana (grande savane) au sud de laquelle on trouve les célèbres Tepuis dont les sommets sont restés isolés du reste du monde depuis les temps préhistoriques.

Le beurre d'arachide
        Ah oui, le beurre d'arachide! Eh bien, c'est d'abord et avant tout un aliment très pratique. Il peut se conserver à la température ambiante sans se détériorer, ce qui est un gros avantage quand on voyage dans le Sud. C'est aussi un aliment très riche en protéines et en gras mono-insaturés qui permettent à un ornithologue de se sustenter convenablement quand il se retrouve en forêt ou dans une région éloignée des endroits habités. Mais il y a plus. Figurez-vous, Mesdames, que des chercheurs ont trouvé récemment que cet aliment aide votre homme à produire de la testostérone. Qui dit plus de testostérone, dit plus de désir. Plus de désir, ... vous voyez ce que je veux dire! Le jus d'orange aurait aussi des qualités semblables, selon le même article de la revue Scientific American (on s'était toujours demandé pourquoi Jean-Pierre en buvait tant). Gilbert, ne se fiant pas uniquement à sa mémoire, a trouvé une explication dans la grande encyclopédie de l'Internet, au site suivant : http://www.sover.net/~timw/boosttes.htm

Make Nuts Your Midnight Snack.
Nuts are good for your nuts. Research has found that men who ate diets rich in monounsaturated fat -- the kind found in peanuts -- had the highest testosterone levels. "It's not known why this occurs, but some scientists believe that monounsaturated fats have a direct effect on the testes," says Incledon. Nuts, olive oil, canola oil and peanut butter are good sources of monounsaturated fat.

        Alors qu'on se le dise, ça peut toujours servir.


NOTA : Des extraits de cet article paraîtra aussi dans la revue Ornitaouais, décembre 2001, publiée par le Club des ornithologues de l'Outaouais (COO). Des renseignements supplémentaires sur l'hébergement, les transports et les prix sont aussi disponibles pour ceux qui ont l'intention de se rendre dans ce magnifique pays (Informations utiles pour voyager au Venezuela).

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