CLUB DES ORNITHOLOGUES
DE L'OUTAOUAIS
Les oiseaux et leurs habitats à coeur depuis 1978.     (Photos: A. Cloutier, F. Morand)
Club des ornithologues de l'Outaouais
Excursions et récits

Voyage ornithologique au Venezuela (deuxième partie)
par
Anne Artigau
Jean-Pierre Artigau
Sylvie Bouchard
Gilbert Dupuis

        En février et mars 2001, Anne Artigau, Gilbert Dupuis, Jean-Pierre Artigau et Sylvie Bouchard se sont offert rien de moins qu'un voyage ornithologique au Venezuela! Après avoir visité le parc Henri-Pittier, les quatre veinards continuent leur voyage.

En direction de Palmichal
        L'après-midi du 2 mars, le quatuor quitte Rancho Grande et prend l'autobus pour Bejuma, à une centaine de kilomètres plus à l'ouest. Le 3 mars, dans le calme relatif du matin et après une nuit troublée par les bruits de la circulation, Gilbert et Jean-Pierre grimpent sur le toit de l'hôtel El Jardín d'où ils aperçoivent l'Hirondelle bleu et blanc, le Calliste passevert et le Quiscale merle. Comme convenu, le chauffeur de Palmichal vient chercher nos quatre aventuriers, qui s'étonnent de le voir arriver à l'heure (les voyages ne servent-ils pas aussi à démentir les préjugés?). Par ailleurs, Anne et Sylvie n'ont pas trouvé de beurre d'arachide à Bejuma non plus. Gilbert et Jean-Pierre les accompagnent mais, sans le dire ouvertement, ils ont un peu perdu l'espoir de s'en procurer.

Palmichal
        La réserve naturelle de Palmichal abrite 11 000 hectares de forêt tropicale, et son histoire mérite bien d'être contée. Dans les années 1950, un puissant complexe pétrochimique puisait l'eau de la rivière Morón pour faire fonctionner son usine. Mais le débit de la rivière diminuait à chaque saison sèche! Les éminents scientifiques appelés à la rescousse finirent par découvrir la raison de cet inquiétant phénomène : l'arrière-pays était déboisé par les agriculteurs et le bassin supérieur de la rivière, originellement couvert de forêts, ressemblait de plus en plus à un désert.

        On aurait pu déménager l'usine et laisser le désert s'installer, mais le Dr Julio César Carrozzo eut alors une idée qui paraissait totalement farfelue : déplaçons donc tous ces paysans, disait-il, replantons la forêt et créons une réserve écologique pour protéger le bassin de la rivière! Après avoir été ridiculisé quelques temps par certains de ses compatriotes, le brave Julio finit tout de même par l'emporter. Grâce à lui, la rentabilité de l'usine est aujourd'hui assurée (ce qui a tout de même son importance), l'arrivée de la saison sèche ne provoque plus de cauchemars chez le patron de celle-ci et les amateurs de nature tropicale, ornithologues en tête, peuvent maintenant visiter une belle réserve naturelle du nom de Palmichal, propriété d'une filiale de Pequiven (société d'État pétrolière vénézuélienne). Surprenant à première vue! Cependant l'histoire ne dit pas où on a emmené les paysans qui s'étaient installés là au début.

        En plus des activités scientifiques et de protection du bassin de la rivière Morón, la station de Palmichal offre des activités éducatives pour les groupes d'écoliers. Elle est située en pleine jungle, à 1000 m d'altitude, et on y accueille des touristes de passage; les repas sont excellents (horaires sur mesure pour les ornithologues), les locaux sont neufs et les chambres sont propres et tout à fait confortables, ce qui était loin d'être le cas à Rancho Grande. Sur demande, les ornithologues peuvent aussi faire des excursions avec chauffeur dans d'autres sites de la région (forêt tropicale de faible altitude, milieux humides, retenue du barrage de Canoabo).

        Dès son arrivée le 3 mars, le groupe découvre donc déjà quelques-uns des oiseaux de Palmichal. L'identification de la Buse blanche pose quelques difficultés parce que le guide des oiseaux du Venezuela ne montre qu'une silhouette mal dessinée. Près de la cage de Napoléon, un lion africain de 17 ans dont la présence semble plutôt incongrue à cet endroit, un Râle grêle est venu se tuer en s'écrasant sur la clôture. Napo s'est aussi fait les griffes sur un opossum femelle qui a eu le malheur de s'aventurer dans son enclos. En début d'après-midi, nos quatre touristes suivent un sentier forestier dans l'espoir d'apercevoir la bande de singes hurleurs qu'on entend depuis le matin. Ils ne trouvent pas les singes mais ne manquent pas d'observer plusieurs espèces d'oiseaux : Ermite nain, Sylphe à queue d'azur, Grimpar enfumé, Microtyran chevelu, Viréo mélodieux, Paruline des ruisseaux, Paruline triligne, Tangara vermillon, Calliste à cou bleu et Cassique roussâtre. Au retour, Gilbert et Anne prennent le temps d'observer les cassiques qui font leurs nids et dont la colonie est voisine du centre de recherche.

        Si Rancho Grande a sa mangeoire à fruits, Palmichal a aussi son secret pour attirer les oiseaux. La nuit, sur le toit de la station, on allume d'énormes projecteurs qui attirent des nuées d'insectes. Chaque matin, au lever du jour, on peut donc observer une multitude d'oiseaux venus profiter de cette manne : Trogon rosalba, Pic or-olive, Élénie bruyante, Tyran sociable, Bécarde à calotte rousse, Tyran à casque d'or, Paruline à couronne dorée, Tangara guira, Organiste à bec épais, Guit-guit céruléen, Guit-guit saï et Oriole noir et or, sans oublier le Manakin à tête d'or qu'Anne la perspicace est la seule à avoir vu. Quelques migrateurs venus de lointains pays nordiques sont également présents.

        Le 4 mars en fin d'après-midi, à la faveur d'une petite promenade dans les environs de la station, nos hardis ornithologues ajoutent encore à leur liste l'Ortalide à ventre roux, la Colombe de Verreaux, la Conure d'Emma, le Colibri jacobin, le Colibri de Buffon, le Colibri de Delphine, le Jacamar à queue rousse, le Grimpar fauvette, le Synallaxe huppé, le Grimpar géant, le Sourciroux mélodieux et le Cardinal à poitrine rose (en plumage d'hiver!) ainsi qu'un groupe de Milans à queue fourchue qui passait par là. Les 15 à 20 individus de cette troupe se sont regroupés pour chasser pendant la saison hivernale.

        Le 5 mars, Anne, Sylvie et Jean-Pierre décident de laisser un peu leurs jumelles pour se rendre à pied à l'auberge Casa María, située à sept ou huit kilomètres de la station, à 730 m d'altitude. Il s'agit là aussi d'un endroit intéressant pour tout amateur de nature. L'auberge est entourée d'un jardin de cinq hectares où l'on peut admirer des orchidées, des papillons et des poissons tropicaux; et il paraît que 330 espèces d'oiseaux se cachent dans les environs! Norbert, le patron, est biologiste, et rien de ce qui vit dans la région ne semble avoir de secret pour lui; il organise également des expéditions, y compris en bateau, dans diverses régions du pays dont les Llanos.

        Le 6 mars, le groupe fait une excursion au lieu dit La Justa, un deuxième groupe de bâtiments situé à 300 m d'altitude où il sera possible d'accueillir des ornithologues une fois les rénovations terminées. La route étant peu carrossable (sauf en 4x4), il faut au moins une heure pour faire les 5 km qui nous séparent de la station principale. Il se fait déjà tard (10 h); en plus des espèces observées ailleurs, on aperçoit des perroquets, mais ils sont trop bien camouflés dans le feuillage. Quelques espèces sont tout de même ajoutées à la liste (Bécarde à ailes blanches et Tityre masqué).

        Palmichal recèle aussi un autre secret, l'étang aux tortues! Il est situé du côté ouest, en contrebas de la station de recherche, et ce sont les martinets qui le rendent intéressant pour les ornithologues. En fin d'après-midi (de 16 h 30 à 18 h), dos au soleil, on peut voir un carrousel de 50 à 60 martinets de différentes espèces faire un large cercle en passant au-dessus de l'étang où ils ralentissent pour boire ou attraper des insectes. Sur le fond sombre, on peut distinguer toutes les formes et les nuances de couleurs des croupions des Martinets de Vaux et des Martinets à croupion gris. On peut aussi identifier deux autres espèces, le Martinet montagnard et le Martinet de Cayenne, grâce à leurs marques blanches bien reconnaissables. Quelques individus plus sombres étaient aussi présents ce jour-là. L'un d'eux s'est même pris dans la clôture de l'étang pendant quelques secondes. Gilbert aurait même pu l'attraper ... Moments inoubliables!

        Le météorologue de service à la station confie à nos quatre touristes qu'un hibou vient se poser juste devant la porte tous les soirs à vingt heures! À l'heure dite, Gilbert et Jean-Pierre se placent donc à l'endroit indiqué, mais en vain. On décide de faire une autre tentative le lendemain. Par contre on voit une silhouette d'engoulevent se faufiler entre les arbres au dessus du jardin. On l'identifiera bientôt à son chant typique (whoo-WÉ-oo) : il s'agit bien d'un Engoulevent pauraqué. Gilbert en profite pour échanger un peu avec lui en imitant son cri.

Marais de San Pablo
        Le 6 mars, le groupe se fait conduire de Palmichal au marais de San Pablo, dans un milieu radicalement différent de ceux qu'il a déjà visités, ce qui lui permet d'observer en quelques heures un bon nombre d'espèces des milieux humides dans d'excellentes conditions, malgré une chaleur accablante : Grèbe minime, Kamichi cornu, Buse urubu, Buse à tête blanche, Râle de Levraud, Talève violacée, Courlan brun, Martin-pêcheur à ventre roux, Tamatia à gorge rousse, Picumne squamulé, Pic ouentou, Moucherolle pie, Troglodyte à miroir, Troglodyte rayé, Paruline jaune (avec la calotte partiellement brune), Conirostre oreillard, Tangara des buissons, Tangara coiffe-noire, Sporophile petit-louis, Oriole jaune et enfin Sturnelle des prés, l'oiseau-fétiche du quatuor!

        Au retour de San Pablo, on constate avec effroi que les jambes de Jean-Pierre sont couvertes d'énormes pustules rouges! Pourtant il est allé aux mêmes endroits que les autres membres du groupe, dont les mollets n'ont rien perdu de leur élégance. Serait-il soudain devenu allergique à quelque horripilante bestiole? On se renseigne auprès des gens de la station, qui opinent que ce sont des piqûres de moustiques et qu'on peut les frotter avec de l'alcool. Rien d'affolant donc. À l'aide d'un stylo, Jean-Pierre entoure soigneusement chacune des marques « pour référence ultérieure » et déclare qu'il fait entièrement confiance à son système immunitaire qui, paraît-il, en a vu bien d'autres!

Le hibou récalcitrant
        En cette dernière soirée passée à Palmichal, le hibou signalé par le météorologue ne se montre toujours pas à l'heure dite. Ce n'est que vers trois ou quatre heures du matin que Gilbert est soudain réveillé par une série de hululements sonores! (Dans certains milieux bien informés, on prétend que cet ornithologue futé dort tout habillé la main sur le télescope pour être prêt à une éventualité de ce genre.) Il est vite rejoint par Jean-Pierre qui a mis un peu plus de temps à trouver ses jumelles; mais le facétieux strigidé a entre-temps jugé bon de se taire. Après vingt bonnes minutes de cache-cache autour de la station, on repère enfin l'oiseau au sommet d'un grand arbre : on distingue parfaitement sa silhouette (il semble être aussi gros qu'un Grand-duc d'Amérique), il se tient tranquille, mais il est dans un endroit tellement sombre que même avec le guide ouvert à la bonne page, il est impossible de l'identifier! Le hibou repart bientôt dans sa jungle natale en lançant quelques hou supplémentaires auxquels ses congénères répondent dans le lointain.

         Le 7 mars, le groupe quitte Palmichal en direction de Chichiriviche, sur la côte de la mer des Caraïbes. C'est dans le camion de la station de recherche qui sert de taxi que les quatre complices se font reconduire à leur prochaine destination. Ils ne gardent de Palmichal que de bons souvenirs, ornithologiques et autres. Sur la route de Chichiriviche, ce gourmand de Gilbert ne peut s'empêcher de penser aux mémorables repas préparés par la cuisinière, une sorte de «Pinard vénézuélienne». Chaque jour, le menu était différent, toujours dans le style de la cuisine locale. Le repas du soir, surtout, était devenu un événement en soi. Cela se passait à l'étage, dans une salle à dîner entourée de fenêtres, donnant sur le soleil couchant et toujours traversée par un vent frais. On commençait tantôt par une soupe, tantôt par une entrée, puis venait le plat principal : en général, des légumes locaux dans un jus de cuisson et accompagnés de viande apprêtée à la mode de Canoabo, village situé à quelques kilomètres de Palmichal. La cuisinière répondait à toutes les questions et montrait au groupe les légumes achetés au marché local, elle en donnait les noms et expliquait comment elle les préparait. Le dessert était également l'occasion de découvrir des fruits locaux, et la ronde des questions repartait de plus belle. Comme breuvage, on recevait une cruche de jus, un jus différent chaque jour. Heureusement qu'Anne veillait à une juste et équitable répartition, car Jean-Pierre a un faible pour les jus. Autant de raisons qui pourraient bien pousser certains membres du groupe à revenir à Palmichal dans quelques années.....

Liste exhaustive des observations - secteur de Palmichal, état de Carabobo

NOTA : Des extraits du présent article a aussi paru dans la revue Ornitaouais, septembre 2001, publiée par le Club des ornithologues de l'Outaouais (COO). Des renseignements supplémentaires sur l'hébergement, les transports et les prix sont aussi disponibles pour ceux qui ont l'intention de se rendre dans ce magnifique pays (Informations utiles pour voyager au Venezuela). Bien sûr, si vous voulez en savoir plus sur les jambes de Jean-Pierre, et si notre quête de beurre d'arachide vous intéresse, un troisième et dernier article traite du parc national de Morrocoy (Chichiriviche) .

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