CLUB DES ORNITHOLOGUES
DE L'OUTAOUAIS
Les oiseaux et leurs habitats à coeur depuis 1978.     (Photos: A. Cloutier, F. Morand)
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Récit de voyage

À la découverte du désert de l'Atacama et de la Puna

Voyage au Chili du 31 janvier au 22 février 2007 de Jean-Pierre, Anne, Étienne Artigau et Myriam Hadiri

Par Jean-Pierre Artigau

À la découverte du désert de l'Atacama et de la Puna

Le désert de l'Atacama (photo Étienne Artigau)
Le désert de l'Atacama. (photo Étienne Artigau)

En février 2007, notre voyage au Chili nous a permis de faire nombre de découvertes, ornithologiques et autres. Le désert de l'Atacama et la Puna (ou altiplano) figuraient en bonne place parmi les régions les plus fantastiques dont il était question dans les ouvrages sur l'Amérique du Sud, et nous rêvions depuis longtemps de les découvrir. Il va sans dire que de passage au Chili, Anne, Myriam, Étienne et moi-même n'allions pas laisser passer une telle occasion de visiter ces lieux.

En ce beau matin d'été (février), nous voilà donc partis de la ville de Copiapó (à 810 km au nord de Santiago) à l'assaut de l'Atacama et de la Cordillère des Andes; nous espérons arriver dans le légendaire Parque Nacional Nevado Tres Cruces assez tôt dans la journée après avoir traversé le désert. Pour toute carte, nous disposons de l'illustration d'un prospectus touristique où l'échelle a été omise, sans doute faute de place, mais les gens de l'endroit nous ont assuré que la route est belle et que le trajet est facile.


Enfin la bonne route, mais toujours pas d'oiseau à l'horizon. (photo Étienne Artigau)

Nous empruntons sans hésiter la petite route qui, selon notre carte, permet de rejoindre les hauteurs plus rapidement par le sud. Seulement voilà, ladite route devient bientôt un chemin de plus en plus difficile et, après une heure de course à obstacles, nous nous demandons si nous parviendrons un jour à destination. Heureusement (ou malheureusement), nous sommes fascinés par le fabuleux paysage qui nous entoure : nous nous trouvons en plein désert et découvrons des paysages de montagnes et de canyons à couper le souffle; nous roulons de longs moments sans voir aucune forme de végétation, dans un décor lunaire. Les deux seuls humains que nous rencontrons enfin sont occupés à réparer un engin de terrassement, tâche apparemment bien incongrue dans un tel cadre. Ils semblent tomber des nues lorsque nous leur expliquons où comptons aller. Ils nous conseillent de faire demi-tour et de prendre l'autre route; l'un d'eux précise que nous serons dans le Parque Nacional dans une heure, ce qui, a posteriori, nous prouvera hors de tout doute qu'il n'y est jamais allé.

La deuxième route nous offre encore un panorama inoubliable : cette fois nous roulons longtemps au fond d'un canyon vertigineux, entourés d'un monde de pierre et de sable où ressortent toutes les teintes du monde minéral. Puis soudain, sans que rien ne l'annonce, nous arrivons à La Puerta, une oasis à laquelle nous étions bien loin de nous attendre et qui semble abriter une seule ferme. Nous redécouvrons un monde végétal et animal qui nous surprend après tant d'étendues désertiques : cultures, arbres, pâturages à chevaux et même trois petits chats qui viennent quémander des caresses. C'est un minuscule ruisseau qui donne vie à cet endroit, et on se demande par quel miracle cette eau a bien pu arriver jusque-là.

Dans cette oasis, nous avons le plaisir de voir le Synallaxe mésange; cet oiseau fait partie de la famille des Furnariidae, propre à l'Amérique du Sud, mais il ressemble à un bruant et se comporte comme... une mésange. Il y a également le Troglodyte austral, qui était autrefois considéré comme une sous-espèce de notre Troglodyte familier. L'oasis héberge également le Merle austral, qui ressemble beaucoup à notre Merle d'Amérique par la silhouette et le comportement; il est aussi plutôt ubiquiste puisqu'il est commun même en ville.


La Laguna Santa Rosa et ses plages de sel… à 4000 m d'altitude! (photo Myriam Artigau)

Au fur et à mesure que nous montons en altitude, la route devient de plus en plus cahoteuse et Anne de plus en plus nerveuse. Elle craint que notre (en apparence) fragile petite bagnole soit victime d'une panne ou d'une crevaison et que nous restions naufragés dans cet endroit si inhospitalier. Pour la rassurer, je lui rappelle qu'à Santiago elle traversait les avenues sans regarder le trafic et que c'était bien plus dangereux; mais rien n'y fait, elle continue de sursauter à chaque cahot et de saper le moral de l'équipe par ses remarques défaitistes et ses conseils empressés au chauffeur. Tout le monde pense exactement comme elle sans l'avouer, mais on ne va tout de même pas faire demi-tour après 100 kilomètres de gravelle!

Après quelques lacets vertigineux, nous atteignons enfin le col qui marque l'entrée du fameux Parque Nacional Nevado Tres Cruces, à 4 000 m d'altitude.


Synallaxe mésange (photo Étienne Artigau)

Il va sans dire que le fabuleux paysage qu'on découvre à cet endroit nous fait aussitôt oublier les inquiétudes de l'ascension. Nous dominons enfin la Puna, ce haut plateau des Andes qui recèle tant d'espèces aviaires uniques et convoitées des ornithologues voyageurs au long cours. À quelques centaines de mètres se trouve la Laguna Santa Rosa, l'un de ces lacs salés qui sont caractéristiques de la Puna.

Au loin se dressent les sommets de la Cordillère des Andes dépassant allègrement les 6 000 m et couverts de neiges éternelles. Le vent incessant et la température ambiante nous rappellent que le climat de la Puna est extrêmement rude; en hiver, l'endroit est couvert de neige et sans doute totalement inaccessible. Sous l'effet de l'altitude, le moindre effort soutenu nous essouffle et nous ressentons quelque peu le mal des montagnes, la tête nous tourne légèrement. Il paraît que cela ressemble aux effets du « lendemain de veille », d'après les témoignages de ceux à qui ces symptômes sont familiers.

Sans tarder, nous découvrons déjà quelques-uns des passereaux qui peuplent ces lieux inhospitaliers. Nous avons le privilège de « cocher » le Dormilon à nuque jaune et la Lessonie des Andes, tous deux de la même famille que nos moucherolles. Nous n'identifierons le Sicale olivâtre et le Géositte isabelle qu'après coup, grâce aux photos prises par Étienne. Les géosittes, d'identification difficile, forment un autre groupe de la famille des Furnariidae et ressemblent beaucoup à des alouettes. Une vingtaine de vigognes (espèce de mammifère étroitement apparentée au lama) observent incrédules nos grandes manœuvres ornithologiques, tout en restant prudemment à distance!


Deux vigognes...il n'y a pas que des oiseaux dans le coin! (photo Étienne Artigau)

Bien entendu la laguna elle-même nous offre aussi son lot d'espèces : tout d'abord nul autre que le Bécasseau de Baird, hivernant venu de l'hémisphère nord et que nous avons déjà observé au bord de l'océan. Puis viennent les vrais spécialistes de cet habitat, le Canard huppé, l'Avocette des Andes et la Mouette des Andes, qui migre parfois jusqu'à la côte en hiver. Nous découvrons aussi quelques exemplaires de la Foulque cornue, espèce rare, et les deux célébrités de ces lieux qui font le bonheur des fabricants de cartes postales, le Flamant du Chili et le Flamant des Andes. J'ai retenu un truc mnémotechnique pour identifier ces deux-là d'après les motifs de leur bec mais, comme c'est l'heure de leur repas, ils ont toujours la tête dans l'eau!


Flamant des Andes au décollage. (photo Étienne Artigau)

Le chemin du retour semble un peu moins éprouvant que l'aller, mais il se fait tard et certains membres du groupe s'inquiètent déjà de devoir faire une partie du trajet de nuit. Cela ne nous empêche pas de cocher au passage, dans un coin de désert, le Caracara montagnard, de la famille des Falconidae. Avec le soleil couchant, l'univers minéral dans lequel nous roulons passe par toutes sortes de teintes étranges : du rose pâle au bourgogne foncé, du beige au brun avec parfois une touche de vert.

Nous arrivons à Copiapó à une heure assez tardive, mais cette mémorable excursion nous a permis de voir des oiseaux et des paysages que nous ne retrouverons jamais ailleurs. Bien entendu, nous jurons de revenir dans de meilleures conditions et de rester plus longtemps dans la Puna... dans quelques années. Et puis c'est promis, la prochaine fois, on louera un gros camion avec des roues hautes comme ça!